Édito

Les Turbulences

Par Patrick Lhotellier
Directeur du Festival Baroque de Pontoise

Attachez vos ceintures ! Le tonnerre gronde sa colère et l’implacable foudre lance ses éclairs acérés ! Il y a de l’orage dans les airs… Prenez garde ! Des turbulences harmoniques en tous genres investissent notre programmation et viennent ébranler vos sens sidérés ! À l’époque baroque, la nature se fait volontiers querelleuse en musique. Afin de restituer avec la plus grande acuité la rageuse véhémence des forces naturelles, les compositeurs, dont elles alimentent et stimulent l’imaginaire, rivalisent d’inventions, élaborent de savantes et puissantes alchimies fusionnant les notes répétées, les gammes descendantes, les tempi accélérés, les trémolos vigoureux, les pizzicati trépidants et l’éclat des fanfares.

Ces oeuvres divinement expressives déchaînent les éléments. Ainsi, affronterez-vous leur fureur avec l’ensemble Les Surprises et la compagnie La Tempête, subissant en notes effrénées les bourrasques des vents impétueux, les assauts des vagues écumantes et la violence des secousses telluriques.

Avide de sensations fortes, la musique baroque se veut descriptive. Puisant son inspiration au coeur des tumultes du ciel et de la terre, elle ambitionne de nous faire éprouver la fragilité de notre humaine condition par la puissance évocatrice de ses effets sonores. Son art de la transposition nous donne à revivre les émotions suscitées par les perturbations les plus dramatiques.

1756, aux voix émues de Voltaire, Rousseau, Goethe et Kant, tous bouleversés par le désastre de Lisbonne, retentit en écho L’Ode au tonnerre de Telemann. Écho traversant l’espace-temps, aujourd’hui répercuté en résonances pathétiques grâce aux talents conjugués de Peter Van Heyghen, des Muffatti et du choeur Vox Luminis. Orages et tempêtes des coeurs et des âmes subjuguent également la Musique. Au cours de cette édition, s’attachant à dépeindre l’exaltation des sentiments avec autant de délectation et de soins qu’elle apporte à sublimer les naturelles turbulences, elle veillera à convoquer, afin de servir au mieux ses desseins, des musiciens orfèvres tels que le ténor Marco Angioloni, le chef Leonardo García Alarcón, la soprano Anna Reinhold, le théorbiste Thomas Dunford ou le claveciniste Jean Rondeau ; tous artistes virtuoses habiles à traduire les tourments les plus délicieux comme les passions les plus exacerbées.

Fougueux sont les souffles qui traverseront cette turbulente édition. Cependant, ne craignez pas leur virulence, ils vous entraîneront, ardents à exciter vos esprits comme à provoquer l’effervescence de vos sens, vers de surprenantes découvertes, vers des moments intensément émouvants au cours desquels s’épanouira, pour votre plus grand plaisir, le jubilatoire dialogue que la Musique entretient au sein du festival avec le Théâtre et la Danse.