Édito

Accords parfaits

Rêvons un instant d’un monde où compositeurs et compositrices seraient également reconnues pour leurs rythmes et mélodies élégantes, interprétées par des musiciens et musiciennes inspirées. Je le sais, vos yeux et vos oreilles sont probablement choquées à la lecture de ces quelques lignes et déjà, je vous devine invoquant les dieux Bled et Bescherelle. Mais cette règle de grammaire appelée accord de proximité avait largement cours à l’époque baroque, cœur de répertoire du Festival. Et puis si les accords sont les fondements de notre musique, la proximité est notre mission. Cette année encore, nos artistes rayonneront sur un territoire toujours plus large et tenteront de rapprocher les populations, les générations, les cultures ou tout simplement les humains.

Mais là n’est pas la raison principale de ce clin d’œil grammatical : en 2019 nous fêterons le 400e anniversaire de Barbara Strozzi. Remarquable compositrice, chanteuse et actrice de la Venise du XVIIe siècle, elle est aussi révolutionnaire dans sa vie privée, ayant élevé ses quatre enfants sans être mariée. Tout au long de cette 34e édition nous chercherons qui sont les figures féminines qui ont été oubliées, sous-estimées ou volontairement invisibilisées dans l’histoire de la musique. Qu’elles soient musiciennes ou poétesses, princesses ou nonnes, du XIVe ou du XXIe siècle, nous leurs rendrons l’hommage dû à leur talent.
Tournez les pages de ce programme avec appétit, vous y découvrirez de nombreuses nouveautés : une nouvelle temporalité car le Festival devient une saison de septembre à juin, des premières parties, des diffusions en streaming, une académie d’orchestre et toujours plus d’ouverture aux répertoires et disciplines les plus éloignées.

Souhaitons donc un joyeux anniversaire à Barbara Strozzi et laissons la conclusion à Maria Deraismes, illustre Pontoisienne et féministe convaincue du XIXe siècle qui sera au centre d’un des spectacles de notre nouvel ensemble en résidence La Diane Française dirigée par une femme, Stéphanie-Marie Degand, violoniste et cheffe d’orchestre : « Rendez donc à la femme ce qui lui appartient dans l’ordre élevé de l’intelligence et du caractère » (1891)
Et œuvrons tous pour que, cette saison au moins, le masculin ne l’emporte pas toujours sur le féminin.

Pascal Bertin, directeur artistique